Grand Raid Verbier - Grimentz 2012

La 1ère fois que j'ai entendu parler de cette course, c'est Joel qui me disait en avoir fait un bout et que c'était une course de malade, la plus petite étape faisant 60km avec des montagnes à gravir.
Cette année, ne pouvant pas courir, à cause de ce fichu mollet qui ne veut pas guérir correctement, je me suis tourner sur le vélo, route dans un premier temps avec l'étape du tour, puis après un petit craquage pour un nouveau vtt (vous vous souvenez quel est le bon nombre de vélo ? N+1 :) il me fallait un défi, un gros défi.
Alors boom je me suis inscrit à cette course, et j'ai choisit le parcours le plus long, 125km de VTT avec 5000m de montagne à gravir entre 1400 et 2800m.
Pour le VTT j'ai un mentor, un gars du jura, Olivier, qui roule depuis pas mal de temps et qui fait pas mal de course de ce genre. Je lui parle de la course, et il me répond que c'est dur, très dur. Il s'est lui même inscrit sur le parcours médian, 90km.
Là en bon gros lourd que je suis, je me fous de sa gueule et lui annonce que je suis inscris sur le 125km.
Après 6 mois d'entraînement assez intense, je me sens prêt, sauf que je n'ai le VTT que depuis juin, avec une géométrie très différente de mon précédent.
Une petite sortie de 3h avec Olivier va me rappeler que je suis pas si fort que ça en VTT.
De plus mes lombaires fatiguent fortement après plusieurs heures sur le vélo.
Ca va le faire, mais ça va pas être sans douleur.
Pour couronner le tout, 3 semaines avant la course, tout un tas de copains débarquent à la maison pour les vacances, j'ai lutté du mieux que j'ai pu contre les bières, rhum, saucisses et côtes de boeuf, mais la dernière soirée a fait mal, 2 bouteilles de rhum ont disparu du bar ...
Malgré tout j'ai réussi à maintenir la forme, faire un triathlon (dont le récap est à moitié écrit) et ne pas prendre de poids.
Mais le Dimanche, à 6j de la course, la sortie longue que j'avais prévu se transforme en simple décrassage, les jambes sont lourdes, le souffle court.
AIE.
2j après j'arrive quand même à faire cette sortie longue, avec de meilleurs sensations, et le jeudi, je fais une petite sortie dynamique où je bas quelques records perso sur les petites bosses autour de Divonne.
Finalement les indicateurs sont au vert, je me sens prêt à affronter l'épreuve.
Le vendredi Olivier passe me chercher, on co-voiture les trajets.
On passe par Sion faire contrôler les vélos et récupérer nos dossards, un petit tour sur le village de course, un des plus nuls qu'il m'est était donné de voir. Pour une course assez cher, c'est décevant.
On ne s'attarde pas et on repart pour Verbier, notre départ, ah oui j'ai oublié de vous dire, Olivier devait faire la course avec un pote, sur le parcours 90k, mais le gars s'est désisté, alors Olivier s'est retrouvé un peu contraint de se faire pousser une paire de couilles, et de changer de parcours pour pas se retrouver tout seul, lui aussi fera le 125k hihihi.
Donc on arrive à Verbier, on tourne un peu pour trouver notre "hotel" pour apprendre que le gérant ne sera là qu'à 18h, on en profite pour aller reconnaître le départ, qu'on ne trouve pas dans un 1er temps, par contre on aperçoit des banderoles dans la montagne devant nous, on attaque quand même pas la course droit dans la montagne ???

On fini par trouver la ligne de départ, puis c'est l'heure de prendre possession de notre "chambre".
En fait c'est Olivier qui a fait la réservation, et notre hôtel n'est en fait qu'un abri atomique transformé en refuge. Le gros avantage, c'est FRAIS, l'inconvénient, pas de fenêtre pour admirer les montagnes pendant le repas.
1 of 5

On a amené le réchaud et on se fait une mega pasta party, en voyant défilé les autres personnes venu s’abriter des retombées atomique de notre arrivé à Verbier.
On sympathise avec 2 jeunes de 18 ans dont c'est le 1er grand raid. Ils sont stress, ça tombe bien moi aussi.
9h30 ododo, avec boule quies, mais impossible de fermer l'oeil, je verrais 23h lors de mon dernier coup d'oeil sur le téléphone
3h30 pipi, et je ne refermerais pas l'oeil de la nuit. Je décide de me lever à 4h30 pour préparer le petit dej: gatosport et thé.
5h20 vidange
5h30 on part vers la ligne de départ.

6h re-vidange
6h05 re-re-vidange c'est tout mou, je suis stressé.
6h20 je suis sur la ligne de départ, Olivier est dans le box de devant, avec ceux qui vont vite, moi je suis bien à l'arrière, avec ceux qui vont en chier.

Pan 6h30 c'est le départ, et bizarrement ça grimpe direct, d'abord sur la route, puis droit dans la montagne, et oui on va bien se taper les pistes de ski comme entrée, cool.
Ça ressemble pas mal à la côte qui part de la maison, pas plus raide, et un poil plus courte. Je suis dans le rythme des autres coureurs, tout va bien.
J'avais prévu 1h, et je l'a fais en 50 min.
Ensuite quelques km de plat, là je vais bien plus vite que les autres, alors je double.
On passe un tunnel, à l'entrée le gérant de "l'hotel" à installé une mega sono et fait blaster du gros rock, grâce à mon maillot superman il me reconnait de suite et m’encourage, sympa.
Puis on attaque la 1ère descente, ouh là c'est très gravillonné, ça glisse un peu, rahhh il se traine les gars, je double, je fonce. 1er virage, ça passe, et je renvois derrière.
2e virage, le vélo flotte au dessus des graviers, ça glisse, je freine, doucement, je contrôle pas grand chose, je me déporte sur le côté, ah non, non, non pas l'ornière, la roue avant s'engage dedans, je verse sur la droite, BLAHM c'est la chute, je glisse sur le côté, j'allais vite, dans les 30kmh, je m'arrête 3m devant le vélo, vite les gars que j'ai doublé vont débouler dans le virage et s'empiler sur mon vélo, juste le temps de le relever et de m'écarter.
Rapide vérification, je suis entier, rien de casser, le vélo non plus, j'enfourche et je repars.
On est toujours en descente, ça va vite, je sens que ça me pique le coude droit, et j'ai une grosse douleur sur la hanche droite, mais ça reste acceptable, enfin une portion plus lente, ma tenue est pas déchiré, je dois donc juste avoir un gros hématome à la hanche, par contre le coude est bien amoché, mais ça à l'air superficielle, ça ne saigne pas.
Par contre ça me pique le bout de l'index droit, aie, y a un bout de peau qui pendouille, je le mord et l'arrache en roulant, rahhh ça gicle, beaucoup de sang.
On rattaque dans la pente, je suce mon doigt quand je peux pour essayer d'arrêter le sang, ça marche pas. Y a du sang partout.
J'aspire de l'eau du camelbak, et je la crache sur ma main, bon les blessures sont petites, tous les doigts ont pris, jusqu'à la chair. Mais j'arrive à tenir la poignet et à freiner.
J'arrive à pédaler.
Je continue !
Finalement ça s'arrête de saigner, mais à chaque fois que je vais chercher un truc dans ma poche, ça pique, GRAVE !
Et j'en ai des trucs à aller chercher, bouffe, plan.
Je suis bien vert, j'allais trop vite, j'aurais pu éviter cette chute, mais d'un autre côté c'est sur les descentes que je prend du temps aux autres. Bah ce qui est fait est fait, pas de remord, je continue.
Ca y est je suis en bas, et on rattaque directe une petite bosse, la hanche fait un peu mal mais ne gène pas le pédalage, je me dis que d'ici peu je l'aurais oublié.
Hop avalée en 20 min, 5 de moins que prévu.
Le reste est plus chaotique, ça monte et ça descend, ça roule assez vite, plus vite que ce que je pensais sur cette section.
A nouveau une montée, pareil encore 5min de gagné sur mes prévisions, ça s'annonce plutôt bien tout ça.
J'ai repris confiance en moi et j'attaque à nouveau les descentes, y a vraiment que le bout de mon index qui me cause des soucis que je me nourrie, pour le reste j'oublis.
J'arrive à la 1ère barrière horaire, Veysonnaz, j'ai 1h30 d'avance, soit 30min de mieux que mes prévisions, excellent.
Encore une bosse, j'en profite pour appeler Séverine, faire une bise aux enfants, comme j'ai de l'avance je décide de rouler cool cette montée du Mandelon pour m'économiser, il parait qu'en haut c'est l'enfer, du plat, mais avec des caillasses dans tous les sens qu'il faut franchir en mode trial.
J'arrive en haut en 1h17, 7min de retard, j'y suis peut être aller un peu trop cool. J'apprend que le 1er viens d'attaquer la dernière descente, ah ouais quand même, je suis loin de là moi.
Effectivement en haut c'est l'enfer, c'est du singletrack, avec des marches, à descendre, et à monter, je me retrouve à la queueleuleu derrière des gars qui poussent leurs vélo.
Souvent ils laissent passer, parfois faut demander gentiment, et d'autres fois je gueule.
Je pose peu le pied, et je suis assez content de ma performance.
Ca fait 6h20 que je roule, j'ai fait les 2/3 de la course, et j'ai encore 1h d'avance sur la prochaine barrière horaire.
J'attaque la dernière descente, et j'envois du gros, je double un paquet de monde, c'est un peu le yoyo, avec une dizaine de gars, ils me doublent dans les montées, et je les reprend dans les descentes.
Y a des parties très technique ou certains gars descendent du vélo, pour moi ça passe, je m'éclate.
J'arrive en bas à Evolène, avec 45 min d'avance sur la barrière. Le Mandelon m'aura fait perdre pas mal de temps quand même.
Il reste 2 montées, une petite de 4km jusqu'à Eison puis une grosse de 11km jusqu'à "la vieille" et le fameux pas de Lona où l'on porte le vélo
J'attaque la petite, il fait chaud, très chaud. Quand je passe un cours d'eau je fais une pause pour rincer le sel qui sèche de ma sueur sur mon visage.
L'eau est bien fraiche, c'est le bonheur.
Elle est dure cette petite montée. Les jambes sont lourdes, et le dos commencent à se contracter. Heureusement j'arrive à me décontracter. Mais ça me fait perdre du temps.
A un moment je trouve un rocher bien rond, à l'ombre, je pose le vélo et je m'allonge dessus sur le dos, ça me permet de relacher tous les muscles du dos, pas mal de monde me double pendant cette pause, mais je repars bien plus frais, décontracté.
J'arrive à un ravito, cool j'en avais bien besoin, car je me rend compte que je n'ai rien mangé depuis 2h, oh l'erreur, y a de la soupe, pour récupérer du sel, des balistos qui sortent de la glacière, du coca, je prend mon temps, je discute avec les volontaires, puis je repars, mais en fait ça continue de monter, rahhh c'était pas le sommet de la bosse.
J'ai pu de jus, j'espère que la nourriture va vite faire effet.
Enfin le haut, on attaque dans un single en forêt bien technique, ça redescend un peu mais c'est très lent. Quand j'arrive en bas, je n'ai plus que 30 min d'avance sur la barrière horaire. Ca va être tendu.
Je profite de ce ravito pour passer à un stand technique, la chaine saute sur mon avant dernier plateau. Les mecs me réparent sans en 2 min, et en profitent pour prendre des photos avec superman. Ils me demandent où envoyer la facture,
je leur répond : "Forteresse de la solitude, Pôle Nord" :)
Pour la prochaine montée j'ai prévu 1h, ça doit me mener pile poil à la dernière barrière, à l'heure limite: 16h.
J'attaque, c'est dur, les lombaires se tétanisent, les fesses sont en feux. Heureusement il y a les petits cours d'eau, quel bonheur de s'arrêter et de s'y baigner.
Je rattrape des gars qui marchent, mais les mecs à vélo s'envolent, je suis seul, c'est long, très long.
Quand j'arrive au ravito de la vieille, il est 16h05, en théorie je devrais être éliminer de la course, mais comme c'est une journée très chaude (36°C par endroit) et qu'il n'y a pas de risque météo, la barrière a été décalée de 30min, YESSSS.
Je prend bien mon temps, parce-que derrière y a 30min de portage dans une pente à 30%.
Je fais l'approche sur le vélo, encore une fois je passe sur le vélo là où d'autres poussent. Puis j'arrive au fameux pas de Lona, là y a plus le choix, il faut poser le pied à terre.
C'est dur, je n'arrive pas à porter le vélo, je dois le pousser.

Je fais deux pas, je pousse le vélo, je le bloque avec les freins pour pas qu'il redescende, puis je fais 2 pas, je pousse le vélo, rinse and repeat.
35min plus tard je suis en haut, MORT.
Le paysage est magnifique, je prend 2 min pour admirer, puis je m'élance dans une petite descente suivi d'une petite montée que me mènera au basset de Lona, la dernière difficulté, ici encore ça pousse les vélos, mais moi pas, je suis sur mon vélo, je vais à peine plus vite que les mecs qui poussent, mais je les double.
Je discute avec un gars, il pousse son vélo mais il est heureux, c'est la 1ère fois qu'il arrive là, après 4 tentatives, il va finir.
Ici se joue les dernières places, je me bas pour pas être dernier de la course. J'ai perdu énormément de temps depuis Eison. Ce dos qui se contracte m’empêche de donner du rythme dans les montées, sans parler des pauses pour me décontracter.

Enfin le dernier sommet, tiens ils sont en train de démonter la tente du ravito, ah oui il est pas loin de 18h ...
Il ne reste plus que 12km de descente, d'abord rapide, sur de la grosse caillasse, je croiserais un paquet de gars à côté de leur vélo en train de réparer une crevaison. N'ayant eu aucun problème mécanique, je donne mes cartouches de gaz.
Puis une descente très technique, qui fait mal, très mal aux bras et aux mains. Elle est longue, et je suis à fond, je donne tout pour gagner quelques places, pas finir dernier, j'y laisse mes dernières forces, derrière y a plus de monté, juste l'arrivé, je gueule tellement j'ai mal, mais je souris quand même.
Elle est bientôt fini cette course.
2, 3 places de gagnées, 4, 5, j'avale les concurrents.
Au final j'aurais doublé 25 personnes dans cette descente.
Puis la ligne d'arrivée, 11h45 de course. 5h30 après le 1er.
J'ai mal partout, mais je suis content.
Je retrouve Olivier qui m'attend depuis 1h30, il a eu le temps de prendre une douche et de se faire masser, pour moi pas de massage, les masseurs sont déjà parti, d'ailleurs il ne reste plus grand chose à manger sur les stands, heureusement on se trouve une paela et de la bière.
Puis c'est le long trajet retour, d'abord en bus, interminable, jusqu'à Verbier, puis en voiture vers la maison. Impossible de conduire, la marche dans le pas de lona m'a tué la cheville.
J'écris ces lignes 4j après la course, et je me sens encore faiblard. C'était vraiment dur, mais j'ai adoré ça :)