Traversée du Massacre 2016: marathon skating
Cette année je me suis mis au ski de fond, au skating plus particulièrement. Une discipline d’endurance, qui jusque là me paraissait bien tristounette, souvenir d’une journée d’initiation au classique en classe de neige il y a … 30 ans.
L’an dernier après un pari à la con avec les collègues, je me décide à essayer ce sport: boucler une noire comme 1ère piste. Je suis tombé à peu près 10 fois dans les 5 premiers kilomètres, puis j’ai pris le coup, et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Le soir même je commandais le matos. J’ai fait 4 ou 5 sorties l’an dernier, beaucoup de plaisir sur la neige de printemps, mais des performances très mauvaises.
Pour cette année, j’ai commencé par m’inscrire très tôt à la transjurassienne, une course mythique de 68km. L’engagement à une course c’est pour moi la certitude que je vais faire le métier. Et ça n’a pas manqué, dès les premières chutes de neiges, je m’y suis mis. Bon on a eu un hiver assez catastrophique et au final pas énormément d’entrainement, malgré les sorties nocturnes après le boulot. Pourtant j’ai bien progressé, passant de 10-12kmh de moyenne à plus de 15. J’ai même réussi à prendre quelques CR sur strava (sur les vertes, ok)
J’ai même cassé tous mon matos lors de ma 1ère tentative de course l’envolée nordique, qui tenait plus du ski nautique que du skating. Puis la transju a été annulé faute de neige. Bref la cata cette saison.
Mais bon vous me connaissez, je lâche rarement le morceau. Alors que j’avais quasi rangé les skis pour démarrer mon entrainement marathon, la météo annonce une grosse chute de neige sur une semaine, juste avant la traversée du massacre. Il ne m’en faut pas plus, je m’inscris. Et là je commence à réfléchir, analyser un peu la course.
Tiens d’après les résultats de l’année précédente, je finirai dans les 10 derniers … Ah oui, la on ne parle pas de courses populaires, mais d’une vraie course de hargneux, avec un gros niveau. En plus cette année elle est support du championnat régional longue distance. Etant donné que toutes les courses de février ont été annulé, va y avoir du beau monde.
Sur le papier le parcours n’a pas l’air monstrueux: 800m de D+ c’est ce que je fais à l’entrainement à la vattay sur 30km. Ca ne m’inquiète pas… dommage. Ce qu’on ne voit pas sur le profil de course, c’est le nombre monstrueux de coup de cul. A la vattay, sur la boucle de la noire, y en a 3-4. Sur cette course, j’ai arrêté de compter à 10.
Alors voilà, il neige une bonne partie de la semaine, j’en profite pour faire une petite session poudreuse le samedi matin, je fais le minimum en course à pied pour maintenir l’entrainement sans créer trop de fatigue, et j’arrive plutôt en forme à la Darbella, le stade de ski de fond de Prémanon. J’arrive assez tôt et j’ai une place sur le parking le plus proche du départ, cool.
Il y a 3min de queue pour récupérer mon dossard, le ciel est nuageux, il neigeote, mais le soleil pointe le bout de son nez de temps en temps, c’est superbe. Il y a vraiment gavé de neige. C’est beau, mais ça ne va pas me faciliter la tâche une fois sur les skis :)
Le camion est vraiment top, je rabat la banquette arrière, et je me retrouve dans mon vestiaire personnel, avec banc et toutes mes affaires, au chaud. Je me prépare donc tranquillement. (Et ce coup là y a pas Yann pour polluer l’atmosphere)
Je sors m’échauffer, en doudoune, gros bonnet et gros gant. Il fait bien froid. J’ai d’ailleurs un doute sur l’utilisation des gants fins pendant la course, car pour le moment j’ai vraiment froid aux mains.
Mais en fait une fois rentré au vestiaire (le camion) je me choppe un bon onglet puis plus froid. Allez hop j’enfile la tenue légère, le dossard, je garde mon bermuda par dessus le collant, c’est décidé c’est ma tenue signature et je rejoins la ligne de départ.
Forcément sans aucun résultat je me retrouve dans le tout dernier sas. Mais bon vu les bestiaux dans les sas précédents, je suis bien là, tout derrière, j’aimerai pas me faire monter dessus dans les 1ers 300m.
Alors me voilà près, quand au micro ils annoncent un soucis au 1er ravito, qui risque de ne pas être achalandé. Gloups, je suis parti sans eau, ça va le faire moyen si je dois attendre le 20e kil pour pouvoir boire. Je me décide à récupérer rapidement ma gourde au camion quand ils annoncent départ dans 4min. Ah bah non ça va pas jouer, pas le temps. Bon bah on verra bien hein.
9h30 précise, c’est le départ, youhou.
Alors j’écoutes bien les conseils, et je pars tout droit, en poussant sur les batons uniquement. Pas de pas de patineur. Et cool, je tombe pas, je double quelques gars du sas précédent, et je me trouve une place dans la file indienne qui s’est formé dans la 1ère montée. C’est la queuleuleu mais ça avance quand meme vite. Je check mon cardio et à tiens j’ai oublié de démarrer mon gps. Hop je le démarre et je m’applique. Ca enchaine déjà rapidement les bosses, je recheck mon cardio, et zut il est pas affiché, c’est le bracelet cardio qui était pas démarré ce coup là. Il fini par s’afficher et ouh là 177. Ca fait même pas 5km qu’on est parti et je suis déjà bien haut dans les tours. J’essaye de me calmer, mais pas moyen, y a du monde derrière qui pousse. Bon en théorie c’est plutôt calme cette 1ère partie, va bien y avoir du plat ou une descente pour souffler et laisser passer.
Bah non. Quand ça descend je vais plus vite que les autres, je double même, et après je bouchonne dans les montées, ouh lala c’est chaud.
Et puis la neige fraiche, c’est beau sur les sapins, mais sur la piste, c’est galère. Régulièrement les batons s’enfoncent de 15cm, pour pousser c’est moins pratique, et dans les coup de culs, y a pas d’appui, c’est tout en force et pas en glisse que ça passe. Ah j’en lâche de l’energie, sur un marathon ça va faire mal.
Comme en vélo, y a les spectateurs qui te donnent des super conseils.
“allez c’est bon, maintenant ça descend jusqu’à Lamoura”
et moi ce que je vois c’est que ça monte.
“tout en glisse maintenant”
mais non bordel je vous dis que ça monte, TOUT LE TEMPS.
Alors effecivement sur le profil du km 6 à 11 c’est plutôt descendant, mais la glisse est pourrie, et y a plein de coup de culs, et au final j’ai l’impression de faire que monter, tout en effort, zero glisse.
Finalement il y a bien un ravito au 11e kil, par contre pas d’eau, que du thé très sucré et une boisson isotonique. Bon bah ça ira bien.
A partir du km11 ça grimpe, mais là je suis pas étonné car j’avais repéré cette grosse bosse dans la 1ère partie. Ce qui m’étonne plus c’est qu’on en redescend jamais de cette bosse. Y a pas de descente, jamais. C’est incroyable.
Et pourtant à 20km on rejoint le départ, ça veux bien dire qu’on a redescendu tout ce qu’on avait monté, et pourtant j’ai jamais eu la sensation de me laisser glisser plus de 30s.
Bon la moitié de fait, mais je suis bien entamé, à l’envolée nordique, j’étais encore super facile à ce niveau là et en allant plus vite. Bon sang les conditions de glisse ça change tout en ski de fond.
Le peloton c’est bien étiré, je suis souvent tout seul, je joue au chat et à la souris avec le dossard 208 qui grimpe mieux que moi mais que je reprend sur le plat et les mini descentes.
Je vois de temps en temps à 500m devant un peloton d’une dizaine d’unité, j’espère les reprendre plus tard.
Et c’est parti pour la 2e partie, qui elle sur le papier avait l’air bien plus dur. Une grosse montée jusqu’au 30e km puis un terrain bien haché, et enfin une descente.
Ouahh le champ de patate, y a tous les coureurs du 21km qui sont déjà passés par là, plus tous les gars qui sont devant moi au marathon, alors avec la neige bien fraiche et molle qu’on a, c’est l’enfer. Ca brasse, comme j’ai entendu toute la course.
Je commence à revenir gentiment sur quelques gars, mais je suis dans le dur, je décide de lever le pied. Je me redresse et j’essaye de monter souple. J’arrive à monter sans m’exploser les poumons. Je ne rattrape plus les gars de devant, mais je ne suis plus dans le rouge.
Je rattrape une nana, avec un dossard elite. Elle s’arrête puis repars, souvent, elle à l’air au bout du rouleau. On arrive ensemble au ravito. Elle demande si c’est fini de grimper, moi je note qu’on est qu’au 25e kil et donc qu’on est loin du bout. Le moniteur ESF tout géné lui dit “Bah en fait non, la bosse la plus dur c’est maintenant …”
J’avais beau le savoir, ça pique quand même à entendre.
Allez je me lance. Sur cette partie on croise les concurrents qui sont derrière. Je n’en compte que 7, ouch, je savais que j’étais pas loin de la fin, mais pas à ce point. (En fait il y en avait encore derrière mais vraiment loin).
Et ça grimpe, et ça grimpe, et ça grimpe. Et je rattrape le petit peloton de 10, qui est en train d’exploser. J’en passe un, puis un autre, puis un autre, et là un groupe de 4. Pas facile à doubler. Je me colle derrière pendant quelques minutes, puis sur une bosse régulière je met le turbo pour les passer. Je lâche pas la pression jusqu’à avoir 50m d’avance, je veux pas leur servir de locomotive.
C’est bon ils sont décrochés. Je vois au loin le dossard 208, et un autre gars. Avec la descente qui va bien finir par arriver je sens que je peux encore prendre 2 places, je lache rien et continue à pousser.
J’ai plus trop de jambes, et les bras en feu, bon sang que c’est dur aujourd’hui, alors que d’habitude c’est tout en souplesse le skating.
Dans la descente je rattrape un gars, je le double dans un faux plat montant (qui en fait est une descente, mais ça glisse tellement mal que tout monte au final)
Puis je reviens sur le 208, il est cuit. Je le double sur une bosse. Y en a encore 2 devant, il reste 1km, ils sont loin. Le terrain est en devers avec pleins de petites bosses sur ce dernier kilo, rahhh ce que c’est dur. J’ai plus rien. Mais j’essaye quand même. Enfin une descente, je suis à 25m du gars, mais impossible de sprinter, j’ai plus rien. L’écart reste constant jusqu’à la ligne d’arrivé.
3h18 à ma montre, mais il me manque un bout du début, résultat officiel, 3h21.
Aucune idée de mon classement, mais ça sent le fond de marmite. je ne le saurai que dans la soirée mais au final je fini 168 sur 196 et 6 abandons. Ce qui fait que j’ai fait mieux que je que je pensais. Je me voyais dans les 180-190.
Ok c’est pas glorieux, mais pour une 1ère, je suis assez content. Pleins d’axes de progression pour l’année prochaine, et dans l’histoire j’ai surement gagné un sas pour la transju, c’est toujours ça de pris :)
Retour au camion pour me changer, puis je profite du repas de course, qui est bien bon. Une bonne bière artisanale brasser aux rousses, pour rincer tout ça, puis je rentre gentiment à la maison retrouver la marmaille.
La prochaine c’est velopodole, encore une aventure de dingo ;)