brm 400k de grenoble 04-05 mai 2013

Dans la série cyclotourisme, je vous présente le brevet des randonneurs mondiaux de 400km.
Comme pour le 200 et le 300 ce brevet était organisé par Jean-Philippe Battu, et j’allais y retrouver un petit noyau de cycliste bien sympathique: Jean-Phillipe bien sur, qui participe aux brevets qu’il organise, (Il assume ses parcours :) Yann avec qui j’ai fait le dodécaudax d’avril, Baptiste et David, ainsi que Franco qui avait fait les deux 1ers brevet mais avec qui je n’avais pas encore réellement fait connaissance.
Après plus d’un mois et demi entre le 300 et le 400, j’avais hâte de me mesurer à ce nouveau défi, doublement nouveau, de part la distance que je n’avais jamais parcouru, ni même imaginé parcourir d’une traite et du fait de rouler toute une nuit.
Ce 2ème point nécessité une préparation technique à part entière, il me fallait donc m’équiper en éclairage, et avec une autonomie de 9h. Pour l’arrière ma loupiotte habituel tiens 50h, mais pour l’avant j’utilise d’habitude une frontale pour mes trajets boulot qui ne dure pas plus d’1h.
J’ai donc demander aux autres ce qu’ils utilisent, beaucoup m’ont conseiller les lampes cateye mais je les trouve trop faible en puissance, Yann roule avec une hope mais elle est bien chère, mais j’ai trouver sur ebay une Magicshine MJ872 pour 90€ avec 4 leds, ça éclaire fort, et en mode économie elle tiens 11h, en gros équivalente à la Hope. J’ai pu la tester lors d’un retour du boulot rallongé
Pour le guidage j’ai testé ce dernier mois différent logiciel sur téléphone, et ai choisi de faire confiance à oruxmaps (android) chargé d’une carte openstreetmap http://www.openandromaps.org/en/downloads/europe, qui me permet d’afficher un overlay kml le tout en offline pour économiser la batterie.
J’ai créer le kml sur mapmyride.com, le site que j’utilise habituellement pour tracer mes sorties. J’ai fait vérifier le tracé par JP et David, tout semblait en ordre, mais vous verrez plus tard que rien n’est jamais parfait …
Le vendredi 3 mai arrive, je rentre du boulot sur le vélo qui me servira ce weekend, retour humide comme la plupart des trajets de cette semaine, je passe un coup de jet d’eau sur le vélo et le range au garage.
Je fais ensuite l’inventaire de tout ce dont je vais avoir besoin pour le brevet et commence à charger les sacoches. Voici ma checklist:

velo
GPS
cardio
id
argent
lumières AV AR
frontale
piles
kit réparation
pompe
stylo
casque
gants
buff
cuissard
manchons
merinos
maillot
collant
veste jaune
veste pluie
trace gps
sur-chaussures
chaussures velo
gourdes
téléphone
couverture de survie
coca cola (bouteille plastique)
bouffe (sandwich, gatosport dans le frigo)

Il me faut encore préparer la nourriture, je m’attelle donc à la tache, et met au four le gatosport, une recette préparé à l’avance de gateau super énergetique. Je le cuis dans des mini moules pour que ce soit plus pratique à transporter.
Je me fais ensuite 4 énormes sandwichs au lard, jambon cru, comté, salade, mayonnaise et guacamole.
Un sac de fruits secs, un sac de choco prince, quelques barres de céréales et des gels de produits sucrés.
Voilà ce que ça donne, 2kg de nourriture:
Le tout tiens dans ma sacoche avant, mais à 3kg avec les batteries, téléphone, ça la rend un peu lourde. Mais comme je n’ai pas l’intention de prendre de sac à dos, il faudra bien que ça aille.
Dans la sacoche arrière, il y a le matos de réparation, les vêtements de rechanges et une bouteille de coca, 2kg.
Donc 5kg qui viennent se greffer au 7.5kg du vélo, à 12.5kg, je roule assez léger.
Le samedi matin, je met le vélo sur le portique et je peaufine les réglages de dérailleurs, retend les rayons, nettoye et regraisse la chaine. Ca y est il est prêt, une véritable montre suisse ce vélo. Pas un bruit, un modèle de précision. Je suis fier de mon oeuvre.
11h30 dernier plat de pattes avant de partir.
12h le facteur passe et me livre les derniers accessoires manquants, ouf juste pour me rassurer: une batterie de rechange pour la lumière avant, et une batterie pour recharger le téléphone en route. Je n’en aurai pas besoin, mais c’est toujours rassurant de les avoir.
Yann arrive à 12h30, un poil en retard, il s’est embourbé en allant déposer son ravitaillement à Lajoux. On installe le vélo sur le porte bagage, un bisou à la famille attablé et en route pour un long périple qui me ramènera 24h plus tard à la maison pour retrouver tous ces êtres qui me sont chers.
On roule tranquillement jusqu’à Grenoble, une petite pause pour Yann qui n’a pas mangé le midi et nous voilà sur place avec 40min pour se préparer.
On récupère nos cartes de parcours auprès de JP, qui nous offre de succulentes gaufres maisons. Quel hôte hors pair ce JP.
Nous enfilons ensuite nos tenues de cycliste, installons les sacoches et nous rendons sur le lieu de départ.
Je fais alors la connaissance de Franco, retrouve Baptiste David et Pascal des brevets précédents.
Mon vélo joue la star et c’est avec joie que je raconte à quelques cyclos l’histoire de ce vélo. Oui c’est un cadre titane, non ce n’est pas du sur mesure, mais laissez moi vous raconter comment j’ai fabriqué ce vélo. Bref je me régale.
Départ 15h07, comme d’habitude on file vers le pont Oxford puis la voie verte. Je me place tout de suite à l’avant pour discuter avec JP. Je démarre peut être un peu rapidement ce tour, et JP me fait comprendre qu’il aimerait bien garder le groupe compact jusqu’à Voreppe pour qu’on négocie tous ensemble le passage de l’autoroute. On se maintient à 27kmh, et tout le monde arrive ensemble au pied du 1er col.
1ère difficulté du circuit, on va pas se mettre dans le rouge, alors je grimpe tranquille en discutant avec David. Yann nous double et file à l’avant. Baptiste et Franco nous rattrape et nous double. Dis donc tout le monde à la forme. En fait Yann a pris de l’altitude pour faire des photos, Franco et Baptiste eux font les beaux :) .
Rapidement Baptiste ce calme, Yann repart en tête, et je le suis avec Franco. Mais à mi chemin du col Franco lève le pied, je me retrouve seul avec toujours Yann en vue mais plus personne avec moi.
Arrivé en haut, Pascal est sur le point de me rattrapé, mais lors de la bascule dans la descente, comme à l’habitude, je le perd.
Au km61 je rattrape Yann, et on fait route ensemble. Le ciel qui était légèrement couvert à Grenoble est maintenant bien dégagé, il fait beau, on est parti pour une superbe ballade à vélo.
On passe près du lac d’Aiguebelette, il y fait encore un peu frais pour avoir envie de piquer une tête. Ca se fera peut être plus tard dans la saison pour le triathlon du dis lac.
18:13 On passe le 1er contrôle ensemble. Puis on poursuit notre route en faisant de bon relais.
On passe à Culoz, et on blague sur le fait de se faire le Grand Colombier au passage. Ce qui me retiens le plus, c’est qu’il risque d’y avoir encore de la neige en haut. Sisi c’est mon excuse officiel pour pas le grimper ce coup là :) Mais ce n’est que parti remise, je compte bien y faire un tour ou 4 (vous avez dit félé? grand maitre?) avant l’hiver.
1er 100km en 3h45 un bon 26 de moyenne.
On roule ensemble jusqu’à avant bellegarde, Puis Yann commence à ralentir un peu. L’ayant légèrement distancé, je me dis que j’ai le temps de faire une petite pause technique et de reprendre la route avec lui, mais il n’était pas si loin. Alors finalement je prend mon temps et j’en profite pour mettre les vêtements long. Je repars ensuite en ayant dans l’idée que Yann allait s’arrêter à Bellegarde, et que je le rattraperai là. En fait pas du tout.
1ère erreur de navigation à Biliat, où je file tout droit au lieu de prendre direction Bellegarde. Je m’en rend compte rapidement et ne fait que 3km de rabe.
J’arrive ensuite à Bellegarde
Où je profite d’une fontaine sur le borde de route pour me ravitailler en eau. Seulement une gourde utilisée jusque là. Par contre j’ai déjà engloutit la moitié du gatosport et un sandwich. Je me demande si ma réserve va suffire pour tenir jusqu’au bout.
Je tournicote un peu à la gare avant de prendre le bon chemin. Puis je m’engage dans la vallée de la Valserine, la nuit commence à tomber.
J’aperçois un cyclo au loin, Yann surement. Je ne m’emballe pas à le rattraper, et je profite d’une fontaine pour me ravitailler en eau à nouveau. Quelques minutes plus tard, je tombe sur Yann qui est en train de s’habiller plus chaudement, la nuit approche.
On allume alors nos loupiottes et on file ensemble vers le 2e contrôle à Mijoux. Je suis bien content d’avoir de la compagnie car cette vallée tout en montée est bien pénible.
A lelex je décide de mettre mes sur-chaussures, il commence à vraiment faire frais, et je me ravitaille à nouveau en eau.
22:17 deuxième contrôle à Mijoux, et on attaque le plat de résistance du parcours, la montée à Lajoux. Pas spécialement raide ou longue, mais elle nous emmène au point culminant du parcours. J’ai le dos bien contracté depuis Bellegarde, mais je sais que maintenant je vais pouvoir me relâcher.
C’est là que Yann me quitte, il fait une pause plus longue chez une amie. Moi je n’ai pas envie de m’arrêter, repartir dans le froid va être terrible, surtout avec une très longue descente jusqu’à Saint Claude. Par contre l’idée de m’arrêter au McDonald de St claude pour un bon burger bien chaud me fait très envie.
Lajoux 3°C
Pas de chance j’arrive à 23h30 et le McDo est fermé. Je m’engage alors sur une 2 voies et m’inquiète un peu sur ma sécurité. Mais rapidement on repasse sur une voie, et il y a très peu de traffique. Principalement des voitures de Gendarmerie qui sont en train d’installer des contrôles autour d’une boite de nuit.
200k en 8h45
Je roule seul dans la nuit, les kilomètres défile, je ne ressens aucune fatigue, je mange et bois régulièrement, je pense à ma famille, à mon Vincent qui doit surement être là tout près de moi dans le noir.
Je suis très prudent, dès que j’entend un bruit de voiture, je ralenti et me range complètement sur le bas côté.
00h10 Je passe devant un resto encore ouvert à Dortan. Je décide de m’arrêter pour remplir mes gourdes. Pas de soucis, la serveuse m’indique les toilettes. En sortant la dernière table de client m’interroge.
“Mais vous allez où comme ça?”
“Grenoble”
“Mais y a plus de 150km pour aller à Grenoble, et vous venez d’où”
moi souriant: “Grenoble”
Là ils se sont décrochés les machoires :)
Je leur explique rapidement le concept des brevets, puis je file sous leurs encouragements.
01:30 Je commence à sentir la fatigue m’envahir, mais j’ai une arme secrète dans ma sacoche arrière, une bouteille de coca. Je décide de continuer jusqu’au prochain contrôle avant de m’arrêter.
02:07 Jasseron, 3e contrôle, pause sandwich ça change du sucré. J’attaque un St Morêt Lard BIEN poivré, vive le poivre. Hmmm que c’est bon, le tout arrosé de coca cola, Impeccable, ça pétille, y a de la caféine, ça me requinque. Je repars en forme. Je commence à calculer quand je vais revoir le jour, encore 4h quand même. C’est la pensée qui va revenir régulièrement pendant le reste du trajet, quand est ce qu’il fait jour ?
Je trouve la route d’Ambérieu un peu trop large à mon gout, les voitures passent vite. Je me suis peut être trompé. Je passe pourtant par les bons patelins.
300km 12h58 que je roule, je me sens bien, ça mouline ça mouline ça mouline
Un peu plus loin je me rend compte que mon tracé passe plus près d’un cours d’eau. La route sur laquelle je suis me faisant grimper, je décide de prendre une route sur la droite pour me rapprocher de l’eau, espérant y trouver une route plus plate. Bizarrement cette route n’apparaît pas sur ma carte.
Je passe un village qui lui non plus n’est pas sur la carte (Dornieu), mais je me retrouve au bord de l’eau. Impeccable … pour 500m. La route se transforme alors en chemin. Bêtement, je décide de continuer sur le chemin, à 5h du mat ça me paraît une bonne idée.
Tiens ça deviens gadouilleux, oh je dois traverser une petite flaque, oh une grande flaque maintenant, tiens un ruisseau, un autre, encore un autre, au 4eme je dois descendre du vélo pour traverser.
Bêtement je continue. Au bout de 3km je me retrouve face à un barbelé. Vous savez quoi? Je vais chercher à voir si y a moyen de passer pour continuer. Au bout de quelques minutes je reprend mes esprits et j’abandonne l’idée, il faut faire demi tour.
Et je retraverse les ruisseaux, les marres et la boue. Plusieurs fois je me dis que j’aurais pu crever, abimer le vélo, mais non j’ai du pot, rien ne bouge, les garde boues font bien leurs boulots, et pour une fois ils me gardent vraiment de la boue. (Spécial dédicace à Valex)
Le jour se lève. Je suis énervé de ma connerie. J’ai faim, mais je pédale comme un âne pour revenir sur le bon chemin.
Je reviens sur la route et tout de suite je vois Yann. Je gueule, il ralentit et je peux le rejoindre.
Ouf que c’est bon de retrouver quelqu’un après 6h de solitude. Mais il est pas en super forme le Yann, rapidement il me laisse filer, et décide de faire une pause. Je ne m’en aperçoit pas. Un peu plus tard je me retourne et il n’est plus là.
Et là je me trompe à nouveau de route. 30 min après ma partie de cyclocross, je décide de grimper la montée de Glandieu, David Polveroni y a un KOM sur strava, si j’allais moi aussi y poser mes roues?
Arriver en haut il y a plein de cascades, c’est beau.
Mon Garmin me dit qu’il n’a bientôt plus de batterie. Je l’éteins et enclenche ma montre GPS pour enregistrer la fin du parcours. Là je décide de voir ou j’en suis sur la carte. ARGHHHHH je suis pas du tout où il faut. Je réalise mon erreur (100m D+). Demi tour, je redescend, puis reprend la bonne route. A partir de là je n’éteindrais plus l’écran du gps. Marre de me perdre.
6h51 Saint Genix: 4e et dernier contrôle je m’arrête rapidement pour valider le contrôle et faire un pipi puis je repars. Je roule, ça grimpe, les gorges de Chaille je crois. Je fais tout debout sur les pédales. Faut rentrer maintenant, Il ne reste que 60km dans 2h30 c’est fini.
J’aperçois Yann très loin devant. Je donne encore un coup de collier, et je le rattrape juste avant le col de la Placette. Il me dit gentiment que sans mes détours, je serai déjà à la voiture en train de dormir. MERCI YANN
On fini ensemble, tranquille sur la voie verte, à 2 ça passe très vite ces derniers kms.
Et voilà, 423km en 18h26min, c’est fait. C’est incroyable, tout est possible. Je suis monté sur mon vélo, j’ai roulé toujours dans mes limites, mangé quasi en continu, et à aucun moment je n’ai flanché. Aucun passage à vide, même après la partie de cyclocross. J’étais dans la “zone” tout du long.
En parlant de zone, j’ai enregistré mon coeur tout du long, 2h en z3 (surement pendant les montées) et tout le reste en z2. Les bonnes vieilles zones d’endurance. Pas un battement au dessus de 171, jamais dans le rouge.
Après quelques échanges de SMS, on réalise que les suivants sont assez loin. On range alors nos vélos, et on se rentre. Sur le trajet du retour on prendra des relais toutes les 20min pour éviter de s’endormir au volant.
Puis à la maison un bisous à tous le monde et Séverine m’envois direct au lit, Merci femme.
2j après, les jambes sont encore un peu raide, mais ça va bien. Je pense que demain je pourrai reprendre l’entraînement. Pour la partie vélo de l’ironman, je suis prèt :)