Etape du tour 2012

Depuis février dernier, qu'il fasse 0°C ou +30°C, pluie ou soleil, voir neige, j'ai enfourché mon vélo, et j'ai roulé, 2500km, mais surtout j'ai grimpé 46000m de dénivelé positif.
Quasi tous les jours j'allais au boulot à vélo, et tous les weekend je faisais dans les 100km, pourquoi ? principalement parceque l'an dernier je me suis abimé un mollet, et que ça a compromis ma saison de ski de rando, et la course à pied.
Alors j'ai roulé, roulé, roulé.
Et ce weekend le test: Faire une étape de montagne du tour de France. Pas un truc de rigolo quoi. 150km, 4 cols, 5000m de dénivelé positif, des côtes de 6% à 13%.
J'ai pas fait les entraînements tout seul, Fabien que j'ai rencontré sur le tour de Gruyère l'an dernier m'a accompagné pas mal de weekend, Seb l'apprenti triathlète aussi. Fabien est une mine d'information, il faisait l'étape pour la 4e fois, c'est un vrai. Il m'a bien aidé au niveau logistique pour l'après course.
Une course comme ça, il faut la préparer, ça commence d'abord par le vélo, nettoyage, dégraissage, vérifications des pneus, changement des patins de freins, il faut que tout soit impeccable, aucun défaut, je vais dévaler dans les 80km de descente avec des pointes à plus de 70kmh, il faut que ça freine, il faut pas qu'un pneu éclate.
Il faut aussi trouver un logement, et aussi un transport, pour revenir au point de départ, peu de chance que je sois en état de rouler 60km après la course.
J'ai donc trouvé une place de camping à 8km d'Albertville, et Fabien m'assurait le retour en laissant une voiture près de l'arrivée la veille de la course.

Et voilà donc le samedi matin, je me réveille en grande forme, prépare le petit déjeuner pour la famille, puis je charge la voiture. Depuis quelques jours j'ai établit une checklist, avec tous ce dont j'aurais besoin. un à un je coche les objets que je range dans le coffre: outils, tente, vêtements, casque, nourriture, etc ...
Mais au cours du chargement, que je faisais pied nu bien sur, bing je m'éclate le pied dans la cale en acier qui retient la porte de garage. AIE, heureusement c'est superficiel, juste ça picote car la peau est fendu. Pas très malin de ma part.
8h30 la voiture est prête, mais je pars qu'à 13h. ok ok ok j'étais peut être un peu pressé. C'est le moment de se relaxer, chaise longue, et je profite du soleil. Dernier repas en famille, puis départ pour Albertville, un peu moins de 2h de route.
Il fait super beau sur la route, je passe par Annecy et je longe le lac. Je roule sur la route du triathlon d'Annecy, souvenir de l'an dernier, la course qui a tout fait commencer. Je rentre dans les alpes, les montagnes sont magnifiques.
J'arrive tranquillement au camping Jolie Mont à la Bathie, la gérante m'accueille chaleureusement, elle me trouve une place ombragée pour planter ma tente. Le camping est remplit de cycliste, tous le monde à les jambes rasées, même moi d'ailleurs.
Et oui, l'année dernière, après avoir vu tous les triathlètes aux jambes rasées à Aix en provence, Séverine m'a dit, si tu veux continuer à faire du sport, tu te rases les jambes. Alors j'ai dit oui, et la semaine dernière quand l'esthéticienne est passé à la maison, il était temps de faire honneur à ma promesse: Epilation!
Bon ok ça picote, mais faut pas en faire une sinécure, c'est pas si douloureux que ça.
Reprenons, je suis donc au camping, j'installe ma tente, remonte mon vélo et me pause pour boire une petite binouze.

A 16h je me décide à aller chercher mon dossard dans albertville, mais en sortant du camping, la voiture fait un drôle de bruit. Vrrrrrrmmmmm. Bizarre, un son de voiture de course, ou plutot de Jacky tunning, le pot d'échapement est troué. Pas très discret.
Bon ça n’empêche pas de rouler, et ça me rappelle mon stage de conduite en porsche. Je fais quand même gaffe à ma vitesse, y a des radars partout.
J'arrive au "village", sur le parc Olympique, à côté de la flamme de 1992, une partie de la caravane du tour de France est installée, camions, tentes des grandes marques du vélo sont là, exposant les dernières nouveautés, les accessoires et les fringues.
Je passe au stand de retrait des dossards, récupère mon dossier, avec la plaque de chronométrage à attacher au vélo, ainsi que mon petit sac cadeau à dos ou sac à dos cadeau, bref le sac avec le Tshirt de l'étape.
Il fait un soleil de plomb, je commence à avoir mal au crane. En passant devant le stand du crédit lyonnais, sponsor du maillot jaune, j'attrape une casquette, jaune, plastique, pas bien belle. Au moins elle me protège. Mais quelques mètres plus loin, je tombe sur le stand Rapha.
Rapha c'est la haute couture du cyclisme. Ils arrivent à rendre classe un short avec peau de chamois intégré.
Et là qu'est ce que je vois, une véritable casquette de cycliste, je fourre rapidement l'horrible casquette crédit lyonnnais dans mon sac, et sors ma CB pour me payer la belle.

A 18h30 les copains arrivent, tout le monde est affamé, on se jette sur la pasta party, c'est le moment de prendre des forces avant la grosse journée de demain. Culinaire-ment ça ne vaut pas les pattes du tour du léman, de plus on crève de chaud dans le gymnase qui nous sert de restaurant.
Mais il y a une bonne ambiance, je fais la connaissance de Thierry, Florent, Pep et Duncan, des amis de Fabien, Pep est un ancien champion de contre la montre américain, il a un dossard à 2 chiffres, il s'élancera dans les 1ers, il y a des chances qu'il fasse l'étape en moins de 7h.
De plus, il connait bien le directeur de Trek, et nous invite dans la tente VIP Trek pour nous retrouver à la fin de la course, très cool.
Ensuite c'est retour au camping, je tape la discute avec mes voisins qui font l'étape aussi. et à 22h au dodo.
La météo prévois pluie pour le début de course, puis soleil l'après midi. Quand je me réveille à 2h du mat pour évacuer le trop plein d'hydratation, le ciel est dégagé, je vois les étoiles. Cool ils se sont trompés à la météo, on va avoir une belle journée. Et là en rentrant dans la tente, je marche sur une ortie bien fraîche, bien sur avec le pied que j'avais abîmé la veille, ARGHHH. Les gratouilles ont bien mis 20min à passer. Mais finalement je me rendors.
Je suis réveillé à 5h13, 12 min avant le réveil, par le bruit de la pluie sur la toile de tente. Bon bah ok, les heures d'entraînement sous la pluie n'auront pas été vaine. Je suis pas super heureux, mais je vais faire avec.
Petit dej tout seul, sous la tente, pas glorieux.

A 6h je m'habille, remplit mes poches de nourriture, je prévois de quoi tenir 8h, si jamais j'ai besoin de plus, je taperais dans les ravitos de l'étape. Je sors de la tente, et mes voisons sont prêt à partir, je remplis mes gourdes, vérifie mon vélo une dernière fois et je roule avec eux.
Sur le trajet on se fait rejoindre par pleins de monde, super ambiance, tout le monde en k-way, mais ça papote. On parle de nos entraînements, de nos espoirs.
8km plus loin, on arrive à la ligne de départ, musique, beaucoup de monde.
Le départ est organisé en 7 sas. Le premier, dont fait parti Pep, est juste à la ligne, ce sont les plus rapides, et les célébrités qui ont la chance de partir devant. Perso je ne reconnais personne. Je file vers le sas 4, mon temps lors du tour de gruyère m'a permis de me retrouver avec le dossard 4062, et donc de ne pas me retrouver tout à la fin du peloton.
La pluie diminue, on attend tranquillement 7h que le départ soit lancé.

Ca y est, le 1er sas démarre, on attend qu'il se vide pour faire partir le 2e, et ainsi de suite. en gros il faut 5 min par sas.
La pluie cesse, j'enlève mon k-way, et là les gens autour de moi découvre ma tenue. Et oui, j'ai fait le malin, tant qu'à porter du lycra, autant porté le même que le plus célèbre porteur de lycra. Voici donc Mesdames Messieurs, ma tenue de vélo pour cette course:

Ca rigole tout autour, mais je suis le seul a avoir la classe, tous les autres portent les maillots de leur club de vélo, ou celui de leur équipe cycliste favorite. Moi non, je suis superman, et va falloir assumer.
7h20, notre sas est ouvert, on s'avance jusqu'à la ligne de départ, bip on passe sur la bande du chronomètre, je déclenche ma montre, et j'entend PSCHHHHhhhhhh, ouf c'est pas moi, mais le mec juste à côté de moi, qui crève, 2m après la ligne, ça commence bien pour lui.
On roule dans les rues fermées à la circulation d'Albertville, prendre les ronds point à contre sens c'est un régal :)
Fabien était dans le sas 3, il a 5 min d'avance sur moi en gros, je me met dans la tête de la rattraper avant le sommet du 1er col. En théorie ça devrait se faire tout seul, aux entraînements je roulais régulièrement plus fort que lui, alors c'est parti, il a le dossard 2808, il faut que je grille un paquet de monde pour arriver jusqu'à lui.
On repasse devant le camping, le fils de mon voisin me salut au passage, il se marre bien en voyant ma tenue.
Rapidement on se retrouve dans la 1ère montée, le panneau annonce la couleur, col de la madeleine, 25km, 8%. Ok, au boulot, c'est 2,5 fois plus long que le col de la faucille sur lequel j'ai fait la plupart de mes entraînements, et 2% plus raide.
Je fais la montée au cardio, je dois rester entre 160 et 170. C'est une zone ou je travaille bien, sans trop me fatiguer.
Je double un paquet de monde, bien sur y a des gars qui me doublent aussi, mais je dois doubler 20 personne pour 1 qui me double.
On est très serré sur la route, y a beaucoup de monde.
A chaque lacet, je fais l'intérieur, une bonne accélération et j'enfume une dizaine de coureurs.
Une nana juste devant se mouche, comme un cycliste bien entendu, mais elle ne m'a pas vu, ça morve passe juste entre mes jambes, elle s'excuse, et réalise que c'est sur superman qu'elle vient de morver, de plus plates excuses s'en suivent, tout le monde rigole autour, et on continue notre ascension dans la joie et la bonne humeur.
Un peu plus tard c'est mon tour de me moucher, je me déplace sur la droite, pour faire ça propre, mais après le mouchage, je fais un léger écart, je frôle un italien qui me doublait, je m'excuse poliment, mais le mec s'énerve et appuie pour s'en aller au plus vite.
Ok roule mon gars.
2 min plus tard, je le rattrape dans un de mes virages spéciales j'enfume tout le monde à l'intérieur, il me rattrape dans la foulée, on se fera 2-3 virages comme ça jusqu'a ce que je ne le revois plus qu'à l'arrivé, plus d'une heure après moi ;)
Après 2h de grimpette, on arrive au sommet. Beaucoup de monde pour nous encourager malgré le ciel gris, et là je ressent l'effet de ma tenue. C'est simple, le publique encourage les femmes, et superman.
Tous les autres ont des maillots bariolé de pub, mais moi je suis juste en bleu, avec un gros S rouge sur fond jaune, un symbole que tout le monde reconnait. Les enfants sont aux anges, "maman maman, regardes y a superman qui fait du vélo" et hop une maman qui m'encourage.
Bon le col de la Madeleine, c'était long, sous un ciel gris, mais pas trop dur.
Et maintenant on attaque la descente. D'un côté ça me stress un peu, il y a beaucoup de monde, on a vu récemment ce que ça pouvait donné dans un peloton d'une centaine de coureurs lorsqu'il y a une chute, et là on est des milliers, et y en a un paquet qui ne pratiquent jamais la descente. Mais d'un autre côté j'adore ça, la sensation de vitesse, négocier les virages, gérer le freinage, relancer après chaque épingle.
Et en fait ça va, il y a de la place, la route est assez large, les plus lents ne font pas d'écarts, tout se passe bien. Je continue de doubler un nombre impressionnant de personne.
Arrivé en bas, je suis avec les dossards 1400, sur les 3 premières heures de courses, j'ai doublé plus de 1500 personnes.
Par contre j'ai pas vu le dossard 2808 de mon pote, soit il roule bien, soit je l'ai pas vu.
On enchaîne ensuite sur une partie de plat je m'accroche à un peloton, et là ça rigole pas, les gars envois du 41kmh, je sais que c'est trop rapide pour moi, mais ca ne va durer qu'une dizaine de kilomètre, alors je reste dans la roue, à la queue du peloton, et je suis.
Rapidement on arrive au pied du 2e col, le glandon, le petit panneau qui indique le départ annonce à nouveau la couleur, 23km, 9%
Beaucoup de monde dans les virages pour nous encourager, un gars qui roule à côté de moi depuis 15 min me dit, bon je vais rester avec toi, tout le monde t'encourage, alors que quand je suis tout seul, personne ne me voit.
Pas de problème mon ami, suffit de suivre la cadence.
Je reste toujours sur la plage cardio que je m'étais fixé, je me demande même si mon cardio est pas en panne, car il reste fixe sur 166, je roule comme une machine, ca va bien.
Mais mes lombaires commencent à me titiller un peu. C'est un problème que j'ai rencontré en début de saison, je finissais mes sorties longues avec les lombaires en feu, pour y remédier, j'ai fait beaucoup de musculation, gainage tous les matins, le problème a disparu.
mais mes entraînements, c'était en général 100km et 2500 a 3000m de D+, je regarde mon compteur 80km, 2500m de D+, tiens tiens.
Le paysage est superbe, beaucoup d'arbre, un ruisseau qu'on croise et recroise au fil des lacets, et il commence à faire chaud, oui le soleil nous accompagne depuis la descente de la Madeleine.
Ca discutte moins autour de moi, tout le monde se concentre.
Finalement on sort de la forêt, et on aperçoit le col.

Ah ouais, c'est haut, c'est raide, y a encore du boulot. Et mon dos me tire de plus en plus. Je commence à me faire doubler, de plus en plus, je roule à 7-8 kmh alors que je devrais être à 10-11kmh.
A 3km du sommet, j'ai les lombaires complètement contracté, je souffre terriblement. Mais bon on est pas loin de la fin de cette terrible ascension, il y a beaucoup de monde dans les virages, les gens m'encourage moi spécifiquement, enfin plutôt superman, mais aujourd'hui c'est moi superman :)
Alors je pousse sur les pédales, enfin je passe le sommet, mais en fait c'est pas la fin de cette montée, il faut enchainer avec 2-3 km à 4% jusqu'à la croix de fer.
J'ai tellement mal au dos que je les fait droit ces kils, sans toucher mon guidon. Forcément ça impressionne, superman grimpe le col de la croix de fer sans les mains.
Enfin le vrai sommet, ravito, tiens, j'ai mangé toutes mes réserves, ce que j'avais prévu pour 8j est parti en 5h30. J'ai mangé 3 sandwichs, 2 bananes, 4 barres d’énergie et 2 snickers.

On me tend une banane, j'en demande 3, y a rien de salé ici, ah si des tucs, je remplis mes poches, et je repars.
Dans la descente j'entend: "tiens revoilà superman", les gars qui m'ont doublé dans la montée, je les repasse, vite, tous, non mais oh eh hein !

Ce coup là pas de plat, la descente finie on rattaque directe dans le col du Mollard, j'ai pas fait bien attention mais il me semble voir 23km sur le panneau, aie, il me semblait que c'était moins que ça, rapidement mes lombaires se rappellent à moi, et je n'arrive plus à garder mon rythme.
Ma cadence diminue, je suis déjà à 7-8kmh alors qu'on est pas encore au 1er km de ce col. Ca va être long, très long.
Mais là je vois un panneau sommet 5km, je demande autour de moi, et on me confirme, on a fait le plus dur, les 2 derniers cols sont plus faciles.
Cool, 5km c'est rien, en moins d'1h je suis en haut.
Alors j'essaye d'oublier la douleur, et je grimpe tranquillement. Beaucoup d'encouragement à nouveau, et beaucoup de monde qui me double, quelques vannes par les autres concurrents:
"alors superman c'est pas ton truc le vélo?"
"tu utilises pas tes super pouvoirs"
ce à quoi je répond "les super pouvoirs c'est triché, je la joue à la loyale"
On fait ce qu'on peut niveau réparti quand on essaye de garder le sourire malgré la douleur.
C'est assez simple à imaginer pour ceux qui font un peu de musculation, le gainage par exemple. Vous connaissez la planche ? C'est simple, vous vous allongez par terre, puis ne dois toucher le sol que les coudes et la pointe des pieds, le reste du corps doit être droit.
Rester dans la position pendant plus d'une minute. Là vous sentez vos lombaires qui commencent à chauffer, maintenant refaites l'exercice et tentez de rester 2 min.
Voilà vous y êtes, c'est la sensation que j'éprouvais dans le dos, et ça ne m'a pas quitté pendant les 2 dernières montées.
Donc col du mollard, 38 minutes. ahhhhhhhhhh

Puis à nouveau une descente, celle là est dure, des épingles très serrées, un revêtement pas toujours des plus propres. Je me suis fait surprendre au départ. Je me dis tout doux Tom, va pas te foutre en l'air, les 2 virages suivants je freine bien à l'avance. Mais finalement l'ivresse de freiner au dernier moment pour doubler 3 gars avant chaque virage est trop grande, je fonce.
Au final un seul virage en mode détresse avec un léger dérapage, les pneus et les freins ont tenu le coup. Je fini cette dernière descente sans le moindre pépin mécanique.
Maintenant virage à gauche, et le panneau fatidique est là: La toussuire, 17km, 8%
QUOI ? 17KM ????? mais c'est énorme. Le parcours je l'avais pourtant décortiqué, je le savais que c'était 17k, mais là je réalise, 17k, je roule à 7kmh de moyenne, il va me falloir 2h30 pour arriver en haut, ça fait 7h que je roule, j'ai le dos en compote.
Il est 14h, sous un soleil de plomb.
Ok tout va bien :)

Alors je serre les dents, et j'attaque ... j'ai dit j'attaque là ? pardon c'est une erreur, je reprend.
Alors je serre les dents, et je me traine coup de pédale par coup de pédale dans cette montée.
Il y a de plus en plus de gens à pied, qui pousse leur vélo. NON, JAMAIS. De toutes façons mon problème c'est pas mes jambes, vu l'allure ou je roule depuis 2h, j'ai encore un paquet de force dans les jambes. Mon problème c'est que j'ai tellement mal aux lombaires, que j'utilise toute ma concentration pour faire abstraction de la douleur, et qu'il ne me reste plus rien pour me motiver à pousser plus fort.
En vélo pour aller vite dans une montée y a qu'une solution, se faire mal aux jambes, et se concentrer pour oublier qu'on a mal aux jambes et pousser plus fort. Mais quand on a déjà mal ailleurs, c'est impossible de se forcer à pousser fort.
Alors je laisse mes jambes faire leurs boulot comme bon leurs semblent. Et elles sont sympa, parce-qu’elles enchaînent, tour après tour, elle me rapproche de la ligne d'arrivé.

Ca fait 2km que je roule dans ce cagnard, y a pas eu un virage, pas une ombre, quand finalement je vois un petit parking sur le côté, un camping car arrêté, avec des gens qui encouragent, et un arbre, oh oui un arbre, avec de l'ombre.
Alors je m'arrête, je pose le vélo, et je m'étire. Ohhhh que c'est bon. Ohhhhh oui que c'est bon.
Et là 4 mecs s'arrêtent, et ils disent: "si superman s'arrête, nous aussi on s'arrête".
Oups désolé les gars.
Allez les gars on remonte en selle et on continue, regardez là le panneau, arrivé 15km, mais bon sur le côté une de ces petites bornes de routes qui te donnent de gentilles indication. Le prochain kil il se fera à 11% ... ARGGGHHHH
J'envois un texto à sev pour partager ma douleur, et à Fabien pour savoir ou il en est.
Le salop il est arrivé.
J'échange quelques messages avec sev, puis je range le téléphone, je repars. Maintenant c'est kilomètre par kilomètre jusqu'à l'arrivé.
A 11km on arrive dans un village, y a une fontaine, les coureurs font la queue pour remplir leurs gourdes. Moi je plonge dans la fontaine, bon juste la tête parce-que le reste rentrait pas, oh que c'est bon.
Je suis sur le point de remonter sur le vélo quand une femme m'interpelle, s'il vous plait superman, une photo avec le petit. OK pas de problème, je suis plus à 1 min près :)
Un gros sourire, click clack, et on repart.

Ca y est je vois le Corbier, je compte 1,2, 3 virages allez Tom allez, il reste 5km, la station est pleine de monde, les routes sont bordées de gens, qui encouragent.
Je vois la ligne du dernier kilomètre, ici la pente est moins raide, je peux me redresser sur le vélo, les encouragements me portent, j'attaque, pour de vrai.
Je retrouve Duncan, je lui propose de faire la course sur le dernier kil, mais il est mort, il y arrive pas. Moi je fonce je lève le bras simulant un superman qui vole, et tous le monde m'applaudit jusqu'à la ligne.
Il m'aura couté 50€ ce tshirts, mais il m'a payé des supporters sur 150km.

YES c'est fini. Je passe la ligne, on m'enfile une médaille autour du cou, je retrouve Pep qui m'invite dans la zone VIP de trek, là une chaise m'attend, et un buffet gavé de pizza, quiche, charcuterie, fruit frais, et 2 glacières pleines de soda.
Ouahhhhh, le bonheur.

On y restera 2h en attendant les copains de Fabien, puis on enfourche à nouveau nos vélos pour une dernière descente de 20km jusqu'à St jean de Maurienne ou la voiture est garée.
9000 inscris, 5688 partants (y en a un paquet à qui la pluie à fait peur) 4422 arrivants, et je fini 1731e au total et 459/1060 dans mon groupe d'âge en 9h03. 1h de plus que mon objectif lent.
Déçu par ma performance, mais super content d'avoir tenu jusqu’au bout.
http://connect.garmin.com/player/197533739