Marathon de Rome 2015

Femme, ça te dirait un weekend à Rome?
C’était au printemps dernier, mon pote JG annonçait sur Facebook qu’il avait l’intention de courir le marathon de Rome après avoir été forfait du marathon de Paris.
Rome ça fait pas mal d’année qu’on rêve d’y aller. Mais larguer nos enfants pour aller se la couler douce et faire les touristes c’est pas trop notre style.
Par contre s’inscrire à une course, passer 3 mois à s’entraîner dans la nuit, le froid, sous la neige ou sur la glace, ça c’est notre style. Alors pourquoi ne pas faire d’une pierre 2 coups.
Allez hop, presqu’un an à l’avance alors qu’on était encore en pleine préparation de la Maxi-Race, on était inscrit pour un marathon en Mars, oui mais à Rome
Dès la fin décembre, Sev s’est mise à l’entrainement et à suivi quasi religieusement son plan. Pour moi ce fut une autre paire de manche. Après avoir couru la saintélyon début décembre, il fallait que je laisse mon corps se reposer.
Le problème c’est qu’à la reprise, je me suis rendu compte que j’avais des douleurs au pied gauche qui m’empêchaient d’aller vite et de mettre de l’intensité. A la poubelle le plan d’entrainment scientifique à base de VMA et d’intervalles fractionnés.
J’ai fait une tout autre approche. Pendant 2 mois je n’ai fait que de la basse intensité avec 3-4 sorties par semaine entre 8 et 20km avec un gros travail de musculation et beaucoup d’entraînements croisés via le skating et le ski de rando.
A partir de fin février j’ai pu remettre un peu de vitesse, mais je n’ai travaillé qu’à allure de course, à 4 semaines de la course ce n’était pas le moment de se refaire mal sur une séance trop intensive.
C’est sans trop de soucis que je maintenais les allures sur les sorties longues, mais avec les jambes assez lourdes rapidement.
Et voilà enfin le weekend de la course. La mamie baby sitter arrive, Nico me prête sa place de parking à l’aeroport ce qui fait qu’on a pas besoin de bouger toute la smalla pour aller à l’aeroport, et c’est parti.
Arrivé à Rome on décide de se la jouer transport en commun pour s’imprégner de l’ambiance italienne. La 1ère partie en train se passe bien, mais pour trouver ensuite un bus ou un tram on galère. On fini par prendre un taxi pour faire les derniers 4km qui nous séparent de l’appart.
La proprio nous y attend, il est superbe ce petit appart, et en plein milieu d’un quartier très vivant dans le centre de Rome.

On mange ensuite au resto juste en dessous de l’appart, puis on réalise que les dossards sont à l’autre bout de Rome, 1h de bus pour y aller
Arriver sur place, c’est 30min de queue qui nous attendent, pour ensuite refaire la queue pour chopper le dossard à cause des certificats médicaux.

On est obligé de se taper un parcours à la ikea à travers le village de course pour être bien sur qu’on passe devant tous les sponsors.
On aura mis 1h15 pour chopper ces foutus dossard et sortir de ce piège à rat.
Pour moi piétinner comme ça c’est l’horreur, ça me défonce la cheville, et la veille d’une course ça ne me met pas dans les bonnes conditions.
Au final on ne profitera pas du tout de l’ambiance d’avant course des grands évènements, et la lutte pour retrouver un bus qui nous ramène dans le centre ne va pas arranger les choses.
Heureusement dans ce foutoir un petit marché croisera notre chemin et Sev en profitera pour achetrer un bon petit pecorino.
Une fois sorti du bus, on cherche un resto et on se perd dans le quartier, on est passé 5 fois juste à côté de la place de l’appart sans la voir, ouh la ça fatigue, c’est pas cool.
On retrouve l’appart et decidons de retourner au resto juste sous l’appart. Double platrée pour moi, ahhhh ça fait du bien.

Par contre, j’ai la cheville qui pique
On se couche rapidement, avec les boules quies parceque le quartier est vraiment TRES vivant, et on passe une super nuit.
Matin de course
Je suis réveillé par la pluie, pas cool. D’un autre côté, c’est sous la pluie que j’ai fait mes meilleurs temps en course.

Je pose le pied par terre, la cheville est pas à 100% mais ça devrait aller une fois chaud. Par contre ça ne présage rien de bon pour l’après course.
Je file direct aux toilettes, caca standard.
Pour le petit dej on a amené un gatosport qu’on accompagne de thé.
Je chat un peu sur FB avec JG sur le choix de l’équipement pour la journée, et je me décide pour un simple Tshirt avec manchon.

Ok mes chaussures sont crados de mon dernière entrainement, mon Tshirt serait plus drôle sur un trail qu’un marathon, mais ça c’est moi, et je suis pas une figure de mode.
Alors niveau matos, j’embarque quoi?
Au pied mes bonnes vieilles New Balance 890 v2, 380km au compteur dont le marathon de l’ironman. Je sais qu’elles ne me feront pas défaut. Avec leur 8mm de drop, je peux courir sans soucis médio pied, et me reposer sur l’amorti au talon de temps en temps pour soulager les mollets.
Les chaussettes sont des Xsocks marathon, elles ont déjà pas mal de kilomètre mes restes très confortable. Jamais eu d’ampoule avec.
Je pars avec mon short Nike qui a un boxer intégré.
Mon Tshirt douzaleur synthétique. Avec la pluie mon Tshirt merinos préféré devient trop lourd.
Au bras je porterai mes manchons sportfull, que j’utilise habituellement au départ des sorties à vélo.
Autour de la taille j’ai la ceinture porte grenades de chez raidlight. Je n’emmère qu’une des 2 petites gourdes dispo, avec juste de l’eau. C’est ma réserve en cas de grosse soif entre 2 ravitos.
Dans la 2e poche à gourde, je peux ranger facilement les manchons.
J’emmène une barre gerblé aux figues à manger au 8e km pour chopper quelques calories en attendant le 1er ravito solide au 15e km.
J’emmène aussi 3 gels “coup de fouet” dont j’ai pu tester l’éfficacité à vélo et en trail. Un pour le 30e en cas de coup dur, puis un tous les 5km pour envoyer jusqu’au bout.
A mon poignet j’aurai ma fidèle garmin FR910XT. Elle m’affiche mon temps de course, le kilométrage effectué, mon allure instantanée (cette donnée ne m’a servi à rien) et mon allure moyenne sur toute la courte. Sur un autre écran elle m’affiche des données sur l’intervalle en cours: Vitesse, allure moyenne, distance. C’est l’écran que j’utilise le plus.
J’utilise le 1er écran pour voir si globalement je suis dans le bon timing, et je déclenche très souvent des intervalles pour me forcer à rester dans le rythme.
Tiens la pluie se calme, par contre ces mes boyeaux qui s’énervent, ayé le caca de la peur arrive, parfait c’est le bon moment.
Et en sortant des toilettes j’entend un drole de bruit,, zut la pluie est de retour.
On s’habille et on part avec poncho et kway.
On marche jusqu’au cirque maxime 2.5km et on dépose le sac à la consigne. Il y a beaucoup de monde, on marche jusqu’au colysée dans la foule. C’est énorme de se retrouver au milieu de ces monuments.

J’ai les images de gladiator pleins les yeux, la série Rome aussi. On est des gladiateurs qui partons au combat. On a mis nos petites tenues et nos sandales, ça va saigner.

D’ailleurs c’est la lutte pour rentrer dans les sas de départ.
Ouarf on est loin de la ligne de départ.
On attend patiemment en discuttant avec un francais, y en a pleins tout autour de nous.
Je sens bien qu’avec le stress le petit dej à du mal à descendre, et pourtant j’ai faim.
On partage une patte de fruit avec Sev.
Enfin c’est le départ. On s’avance vers la ligne. Un dernier bisous avant de s’élancer, puis c’est parti, chacun fait sa course.

Le marathon commence donc par une épreuve de slalom, je double je double je double.
Mais avec une telle densité de coureur je fais un paquet de détour, ma trajectoire est loin d’etre idéale, et je fais de la distance en rabe.
J’ai toujours le bide légèrement en vrac et un léger point de côté. J’essaye de ne pas trop y penser.
Je sais que je suis parti vite, au bout de 4km je suis à 5’08 de moyenne, ça va pas le faire.
J’ai réglé ma montre pour me donner ma moyenne depuis le départ sur un ecran, et ma moyenne sur l’intervalle en cours sur un autre.
J’oublis la moyenne général, j’appuie sur lap (pour déclencher un nouvel interval) et je décide de repartir sur mon objectif, 5’20 au kilo.
Ca le fait, je me calle à 5’19. Je n’ai plus de soucis avec mon petit dej, ni de point de côté mais j’ai envie de pipi.
Juste avant le 1er ravito je fais une pause vidange et j’enchaine avec le ravito.
5’36 sur le 6e kilo à cause de cette double pause, mais toujours 5’14 de moyenne depuis le départ, tout va bien.
Je relance un intervalle et me recale sur 5’20.
Je me sens vraiment bien. Je n’ai pas le cardio, mais je sens bien que je le souffle est bon, j’oscille entre 5’18 et 5’20, facile.
Je suis depuis pas mal de temps une nana avec de jolies jambes et une jarretière tatouée, tout irait bien si il n’y avait pas les 3 vieilles françaises qui courent aussi à la même allure et qui jacassent en continue.
On est passé dans des quartiers pas terrible jusque là, mais maintenant on peut voir quelques beaux monuments. Je profite que tout est dans le vert pour prendre une ou 2 photos.

15e kilo ma moyenne général est à 5’16, et enfin il y a du solide à manger. J’attrape une banane avant qu’elle ne soit découpée en morceau, et un verre d’eau. J’engloutit la banane, me rince la gorge et les mains et c’est reparti.
J’ai perdu quelques secondes à ce ravito, et je commence à sentir mes jambes ce raidir.
Il est temps de mettre en action une technique lu récemment dans le bouquin “Never wipe your ass with a squirrel”: Quand tu ne te sens pas bien, accélères. Pas longtemps, 400m, pas trop vite, juste de quoi dégripper la mécanique.
Vu ma vitesse depuis le km5, j’ai de la marge niveau accélération. Alors j’accélère, 5’05 environ, puis je ralenti pour laisser ma vitesse remonter jusqu’à 5’18. Je lap à nouveau et je retourne sur un rythme plus régulier. Ca fait vraiment du bien. Ca casse la monotonie du rythme marathon et ça dégrippe vraiment les jambes.
Mais bon pas de miracle, les jambes commencent à tirer. C’est juste une information: Attention mon gars, ça va piquer.
Encore un petit arrêt pipi. C’est bon je suis bien hydrater… GRRR
Ah j’arrive au semi marathon. Ca va être le moment de passer la seconde.
5’18 de moyenne sur le 1er semi, c’est bien géré, un poil plus rapide que prévu, mais malgré les jambes déjà raide, j’ai de bonnes sensation. Le souffle est bon, jamais dans le rouge. Ca va le faire.

1h54 à ma montre, mais j’ai presque 800m de rabe, il va falloir améliorer mes trajectoires!
J’ai déjà fait 2 arrêts pipi, j’espère bien ne plus avoir à en faire d’ici la ligne.
A partir de maintenant je vise le 5’15 de moyenne, je pars un peu fort puis laisse remonter vers 5’13, à chaque fois que j’arrive près de 5’15 je relance un intervalle, mais le gps est un peu perdu et m’indique des vitesses bizarres.
A 25km je commence à avoir les jambes vraiment raide, je fais quelques montées de genoux et talons fesses pour détendre la viande mais j’arrête bien vite. Je suis au bord de la crampe. Quads gauche et mollet droit sont super limites.
Au ravito suivant je me sers une grosse rasade de boisson sport gavé de sel minéraux, il faut que je m’hydrate et que je compense le déficit en sodium etc …
Il pleut depuis le départ, donc je ne sens pas la transpiration, mais j’ai du bien suer.
Pour soulager les mollets, je change ma foulée de médio-pied vers un gros déroulé talon pointe. En fléchissant bien la jambe à la pose du pied, ça ne tape pas dans le genou, et le mollet travail beaucoup moins.
Ca soulage mais ça me fait ralentir au bout d’un moment, donc je reprend ma foulée naturelle au bout de 400m. Je répéterai l’exercice plusieurs fois jusqu’à la fin.
Je pense à mes enfants, je souris, je suis heureux d’être là, d’être bien. Je me gorge des “bravi” des spectateurs, y a du monde et ça motive.
Km28 il commence à y avoir des dégats, autour de moi ça marche de plus en plus. Quand je surprend un gars qui lâche et qui se met à marcher juste devant moi, je lui fais une petite tape sur l’épaule et lui dit de ne pas s’arreter. Souvent il repart, mais 50m plus loin c’est fini.
Je pense à Sev, elle doit être quelques km derrière. J’espère qu’elle assure, qu’elle profite sans trop souffrir, parceque moi même si je me fais plaisir, je souffre. La bonne souffrance de l’endurance, mais souffrance quand même.
Km29 la 1ère difficultée du parcours: 1km à 3%, un peu comme le chemin des croux à Crozet. Depuis le début de la course, je n’ai pas grillé une allumette, je me test sur 30m pour voir si je ne vais pas déclencher les crampes, et non ça tient bien, alors je met les gaz. 5’08 sur le kilo de montée, pareil dans la descente, j’ai fumé un paquet de monde sur ce passage. Le cardio est monté un peu, mais pas plus que ça. Bon sang ça sert de s’entraîner à Crozet
km30 le passage difficile du marathon parait-il. C’est le moment d’accélérer. J’ai un pique de forme, l’euphorie des endorphines.
Il ne pleut plus, J’enlève les manchons que je glisse dans ma ceinture, et je relance. Maintenant mon objectif c’est de rester sous les 5’10 au kilo.
J’essaye de faire des maths pour calculer mon temps final, mais avec pas loin d’1km de rabe, je ne suis pas sur que ca va passer sous les 3h45. Par contre je suis tout le temps sous ma moyenne du 1er semi, si je ne craque pas je le tiens mon reverse split (faire la 2e moitié de la course plus vite que la 1ère).
Ca fait de plus en plus mal. Les 2 mollets sont limites, il ne faut surtout pas allonger le pas. J’augmente la cadence pour gagner en vitesse. Les quads sont de plus en plus dur. Ils font mal mais ne bloque pas le mouvement. Plus de crampes en vue sur le haut ou l’arrière des cuisses. Je prend 2-3 grosses gorgées de boisson sport à chaque ravito, et ça fait son effet. J’ai pris aussi mon 1er gel coup de fouet. Ca doit aider aussi.
J’ai vraiment mal aux pattes, je me demande si je n’ai pas déclencher mon accélération 2km trop tôt.
Je me dis que je n’arriverai pas à relancer plus sur la fin vue comme ça tire. Mais au km35 sans vraiment l’avoir décidé j’en remet un coup. Il est temps de faire fonctionner le cardio.
Un nouveau gel, et je m’applique à rester à 5’05.
Je vole, je double, à nouveau obligé de zigzaguer. Les gens autour de moi sont à 5’15 je pense. Je reprend pas mal de monde qui m’avait grillé dans les 10-15 1ers kilos. Y en a certains qui ont des T-shirts facilement reconnaissable.
Km38 On attaque une ligne droite immense en plein centre ville. Énormément de monde, ambiance de folie.
Bon sang qu’ils sont longs ces kilos. Je suis maintenant à 5’01 de moyenne, je pense à mon collègue Nico qui va halluciner en voyant les splits sur strava.
Moi qui pensais que je peinerai à descendre à 5’15 …
Km40 on attaque la 2e difficultée, 800m à 2%, et dans un tunnel. Je m’enfile mon dernier gel, faudrait pas faire une hypo avant la ligne. La montre perd le signal, mais je m’en fous, c’est le moment de tout lâcher. Tous petits pas, grosse cadence. Je double, je double, je double.
Sortie du tunnel, panneau du Km41, y a plus qu’à se laisser descendre jusqu’à l’arrivée. Je suis à fond. Les pavés sont mouillés mais ça ne glisse pas.
Y a beaucoup de gens à l’arrêt dans la descente. Ah mais non en fait ils sont pas à l’arrêt c’est juste que je les enfume GRAVE
Virage à gauche sur la piaza Venezia, et je vois la ligne. Je regarde ma montre, elle vient de passer à 3h45. Je sprint, je donne tout, et ouiiiiiiii je passe dans les 3h45 sous l’arche.
Roooohhhhhhh c’est trop facile en fait la course à pied. Tu donnes un temps au pif, tu divises le temps total par le nombre de km, et ensuite y a plus qu’à courir en respectant l’allure.
Enfin presque, parceque là j’ai couru bien plus vite qu’un 3h45 au marathon, mais avec le monde et le tracé très tortueux de Rome, j’ai couru 43.1km au final.
Ca fait parti de la course, il faut savoir prendre la bonne trajectoire, pareil qu’en nage en eau libre, sauf que la avec la distance, le cumul des petites erreurs de trajectoire compte pour beaucoup à la fin.
Et il est bien là ce reverse split. 1h54 pour le 1er semi et 1h51 pour le second, et si j’en crois strava, j’ai tapé pendant la course un semi à 1h48 et 52s ce qui est mon record sur la distance. Faut dire que j’ai envoyé la sauce avec les derniers 5k en 24’53
Bon me voilà arrivé, maintenant je sais que mes jambes vont me lâcher. Ca tétanise un max, les mollets, les quads. En 5 min il devient très difficile de marcher, de se pencher pour se changer.
C’est la beauté du marathon, tu cours vite et longtemps comme jamais et pfiout après tu te retrouves boiteux comme un centenaire.
Je boite jusqu’au camion récupérer mon sac, je me change difficilement, puis reviens vers la ligne d’arrivé pour attendre Sev.
J’ai mis 30min pour faire tout ça. Ma cheville qui se refroidit commence à me faire de plus en plus mal, ça va être sympa les prochains jours.
L’arche affiche 4h17, si Sev tient son plan de course, elle devrait arriver vers 4h34 avec la différence du temps qu’on a mis à passer sous l’arche au départ.
Je patiente.
4h33 arrive, puis 4h34, 35. Je suis 300m derrière l’arrivée, je me dit qu’elle va bien prendre 5min à arriver là, pour attraper sa médaille et sa couverture.
Je commence à douter, et si elle a explosé en vol, et si elle est encore super loin.
Et là juste devant moi, avec un grand sourire elle arrive. 4h33 sur sa montre.
Qu’elle est forte ma femme.

On est rentré ensuite péniblement jusqu’à l’appartement, puis après une douche, on a commencé la tournée des pizzeria
Ce matin on a fait une petite balade dans Rome, mais c’est pas facile.