MaxiRace 42km 2014

Trail Maxi-Race Marathon 1er juin 2014
Posted on June 2, 2014
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Le 1er juin c’est la date commémorative de la mort de mon petit Vincent, et donc bien sur c’est un moment très douloureux pour toute la famille, alors pour ne pas broyer du noir, avec Séverine on essaye de faire un truc particulier ce jour là. Cette année ça tombe un dimanche, exactement comme le jour fatidique, alors il va falloir faire un truc gros qui change radicalement du train-train quotidien.
L’année dernière à peu près à la même époque on s’était inscrit à la MaxiRace mais pour le trail court, pour les débutants. Mais finalement la météo avait fait annuler la course et nous nous étions replié sur un trail à 2 dans notre Jura. Vous pouvez lire nos exploits ici.
Et donc après cette 1ère expérience, et en regardant les dates de l’édition 2014, on s’est rendu compte que le trail aurait lieu le 1er juin. Et comme on a réussit facile notre expérience sur 20km, on s’est décidé de taper plus fort, et on s’est donc inscrit au Marathon, oui Marathon avec un grand M parceque Marathon avec 2800m D+. Et on a décidé de le faire ensemble ce trail, pratiquement la main dans la main. (M’enfin pas tout le temps hein, parcequ’avec la transpiration c’est désagréable).

La préparation.
Bon moi je fais un peu le bourrin tout le temps, je cours, je roule, je nage, donc je m’étais dit, 2 mois avant je ferai un peu de spécifique pour avaler le D+ et D- sans souffrir. Et sinon avec le volume général (10h de sport hebdomadaire en moyenne) ça devrait passer.
Sev elle, s’est inscrite au semi marathon de Lausanne et l’a bouclé en 2h16 après un plan d’entrainement sur 3 mois. Ensuite elle a rien foutu pendant tout l’hiver et s’y est remise en Février avec des petits footings et de la préparation physique général avant d’attaquer un plan d’entrainement spécifique trail long de 11 semaines à raison de 4 séances par semaine voir ici.
Sauf que moi en Décembre je voulais faire la Saintélyon, 70km de nuit, et en m’entrainant comme un bourrin à enchaîné des sorties de plus de 20k tous les weekend, j’ai fini par m’amocher la cheville et chopper une tendinite qui part de la malléole et qui remonte dans le mollet. J’ai donc déclaré forfait sur la Sainté, et il m’a fallu stopper net le sport en décembre pour essayer de guérir, reprise en Janvier, trail sur neige de 15km et paf, c’était pas guéri (et je ne connaissais pas la cause du mal à l’époque) et donc re-mal à la cheville.
Dans ces cas là, l’inactivité ne sert à rien, j’ai donc décidé de continuer le vélo, mais en mode très très souple, et plus de course à pied. J’ai pu reprendre un bon volume d’entrainement foncier, mais aucun travail de puissance. Et finalement en février l’entraîneur d’un copain m’indique la possible cause de la douleur, et moi les tendinites je sais gérer, exercice excentrique progressif et contrôlé, bref j’ai bossé pendant 6 semaines sur cette cheville avant de pouvoir reprendre la course à pied en avril (La planche de Freeman est ma nouvelle ma meilleure amie). Tout en continuant le vélo de façon souple (c’est comme ça que j’ai pu faire les brevets 200 – 300 et 400 km cette année). Et là sur les conseils de mon pote Olivier coureur d’ultra, je n’ai pas recommencé à courir comme un âne, mais j’ai plutôt repris la marche en montagne, parceque mon but sur ce trail, ce n’est pas d’aller vite, c’est d’encaisser le dénivelé et d’aller au bout à la vitesse de Séverine. J’ai donc arpenté le Jura sur des sorties de 1h jusqu’à 4h, avec augmentation progressive du temps et de l’intensité, et quand j’ai senti ma cheville assez solide, j’ai rajouté des séances de footing entre 4 et 8km en endurance fondamentale.

La veille de la course.
Et donc voilà, on approche de la date fatidique, la grand mère arrive le vendredi pour garder les enfants (et donc se faire son weekend endurance) et nous partons pour Annecy.
Le vendredi après midi on fait un tour sur le village de la course et on se fait une crêperie dans Annecy avec une bonne glace en dessert.

En rentrant on croise Anna Frost, vainqueur féminie de l’édition 2012 sur le long (+80km et 5000D+) qui fait son footing de décrassage après avoir gagné le kilomètre vertical. Le lendemain elle participe au long mais en relais.
Le samedi, on glande un max, profitant de ne pas avoir les enfants, après le petit dej on se remet au lit pour lire un bouquin ou faire du FB.

On se fera un petit run de 30min pour se dégourdir les jambes en allant jusqu’au carrefour market à 2km pour acheter du pain de mie pour les sandwichs.
Puis on se fait une bonne plâtrée de pasta et on prépare nos sacs.

On file ensuite au village pour aller récupérer nos dossards. On rentre ensuite rapidement à l’appart (appart qui nous a été gracieusement prêté par Véronique en son absence) et après une dernière assiette de Pasta on se met au lit.
Le jour de la course.
Réveille à 5h du mat, on prend un sérieux petit dej, mais standard, vu que le départ est à 8h, on a le temps de digérer tranquille.
Je m’échauffe la cheville sur la planche de Newman

Et on part prendre le bus.

Ambiance mixte dans le bus, y a ceux qui parlent beaucoup pour évacuer le stress, et ceux qui sont très concentrés, par contre y a une autre caractéristique de début de course, c’est l’odeur d’intestin stressé. Y en a certains dans ce bus qui doivent pas être fier de l’état de leur culotte. Et pour une fois c’est pas moi. Sev est pas fan.

On arrive finalement à Doussard lieu de notre départ, et on va vite se réchauffer dans le Gymnase en attendant le Go.
Et c’est bien sur dans cette demi heure d’attente que les pipi et caca de la peur se pointent, heureusement j’ai pensé à tout

Et même si Sev doit subir la queue et les odeurs des chiottes de chantier, moi je fais ça peinard dans le champ derrière le gymnase, enfin peinard, je l’étais jusqu’à ce que 2 nanas se pointent au pire moment dans ma planque.
Bref, 7h50, on file sur la ligne de départ

On est prêt, y a plus qu’à.

Et pan, c’est parti.

On s’élance avec 1300 de nos plus proches amis vers les montagnes. On s’est positionné tout à la fin du coral de départ. Il y avait des Sas pour 4h, 5h, 6h, 7h, 8h de course, mais nous on a prévu 10h, et y avait pas ce sas là. Il faut savoir que la course est limités à 11h, après c’est hors délais.
On suit donc le troupeau de coureurs sur les 3km de plat.

Et moi je suis ma petite femme, pour qu’on court à son rythme.
Puis c’est parti pour la grimpette, direction le col de la Forclaz, 670m de D+ en 5km. Pas trop violent comme entrée en matière, mais le soucis c’est ça:

On est à la queuleuleu, et ça avant pas bien vite. Je vois déjà mon plan horaire s’effondrer.

Mais l’autre soucis de la file indienne, c’est que quand ça fini par se fluidifier, on est pas trop maître de son allure, parceque sur le single, y a pas vraiment la place à doubler, donc Sev est un peu contrainte d’accélérer le pas et de monter plus haut que prévu dans les tours. On marche, on court, on marche, on court, bref c’est pas très homogène.
On reconnais les passages filmés lors des reconnaissance, et vus dans les vidéos sur youtube, et lorsque la forêt s’ouvre un peu, on peut voir le lac et qu’on a déjà pris pas mal d’altitude.

Et finalement au bout 1h13 de montée on arrive au col de la Forclaz, 13min de retard sur mes prévisions, rien de grave. On attaque alors la 1ère petite descente.

Le mec sur la gauche avait déjà des ampoules, il me demande un pansement, alors j’en avais pour Sev et moi, mais à même pas 8km de la course j’allais pas niquer ma réserve de pansement, alors je lui ai dit non, parceque mon pote Sev il a fini la course avec les pieds en marmelade la veille. On l’a revu plusieurs fois sur le parcours, dans la journée, et il en a bien chié le gars.
Puis le 1er ravitaillement d’eau.

Et on enchaîne sur une autre montée, mais à nouveau c’est de la file indienne, et Sev me dit qu’elle est un poil trop haut niveau cardio, mais que ça va.

Mais au fur et à mesure qu’on grimpe, elle est de moins en moins souriante.

Et elle fini même par me demander de me taire pour se concentrer sur son effort.

Je lui laisse donc un peu d’oxygène et prend un peu d’avance pour contempler ensuite le paysage.

Et c’est beau.
Sev me rejoint, mais elle est vraiment dans le dur, et ralentit considérablement.

Le temps file et je commence à avoir de sérieux doute sur sa capacité à aller au bout, on est à 12km de course, 2h30 d’effort et elle à l’air cramé.

J’essaye de positiver en lui montrant le beau côté des choses, le paysage, tout ça tout ça, mais là c’est toujours pas bon, alors je la laisse filer.

Mais dans la descente elle se remet à courir, et on enchaîne rapidement jusqu’à la prochaine bosse.
Le terrain est boueux et il faut faire bien attention à ses appuis, mais notre préparation sans faille nous permet d’être solide sur cette descente.

Et on attaque la 3e montée, toujours sur un terrain boueux et difficile.

Avec la bonne descente que l’on a fait, on a compensé en grande partie le déficit de la montée précédente. Au final Sev monte moins bien que prévu, mais descend bien mieux, et c’est avec 30min de retard sur l’horaire le plus optimiste qu’on passe la barrière horaire, soit 45min de marge.

Mais cette montée n’est pas fini, et on attaque un beau morceau avec une forte pente et un chemin très difficile. Au pied de ce passage, je fais manger à Sev un gel “coup de fouet” et je lui prend son sac. Ca va lui permettre de prendre un bon rythme et d’avaler cette difficulté sans trop de peine.

Moi ça va bien, je n’ai aucune fatigue, le rythme très cool me permet de bien m’économiser.

On arrive au passage très difficile, avec corde et tout. Je suis juste derrière Sev, elle n’a pas le pas très sur, et je m’apprête à la récupérer en chute à tout moment. Finalement ça passe bien.

Arriver en haut, elle n’a pas vraiment le sourire. On a 40 minutes de retard sur mes prévisions, mais toujours une bonne marge sur la barrière horaire.

Mais elle a le mental pour continuer, et elle me le prouve direct en reprenant son sac à dos et en repartant en courant.

S’ensuit une grosse descente de 5km et 800m D- que l’on va avalé tempo. On reprendra même 10min de notre retard.

Avec pourtant une pause technique de madame en cours de route

Et derrière ça on s’enchaîne 3 mini montées et descentes que j’avais pris pour du “plat” en regardant le topo de la course, mais Sev a retrouvé ses jambes et on avance bien en monté et très bien en descente. Et finalement malgré un profil beaucoup plus difficile que prévu on met le temps que j’avais en tête pour cette section.
Ce qui nous amène au gros ravitaillement du 27e kilomètre avec 30 min de retard sur mon plan le plus optimiste et 30min d’avance sur mon plan le plus pessimiste, bref, on est bien.
Menthon St Bernard

Beaucoup de monde dans le ciel pour cette superbe journée

Pour optimiser la pause, Sev fait un arrêt minimum, de toutes façons rien ne lui fait envie et elle repart rapidement, moi je reste un peu plus longtemps, je profite des chaises pour me masser les pieds et changer de chaussettes. Ca fait 5h30 qu’on marche/court, ça use. A la demande de Sev je remplit ma gourde en rabe de pepsi, puis je pars à sa poursuite. Je la vois rapidement au dessus de moi, pourtant il va falloir que je laisse la gourde de pepsi dégazé 3 fois avant de pouvoir me remettre à courir pour la rattraper.
Et là qui je croise en contre sens? Encore Anna Frost. Elle s’arrête jamais!
Quand finalement je la rattrape, elle m’annonce qu’elle a oublié de remplir son camelbak au ravito. Ca craint parceque j’ai vidé ma réserve d’eau pour mettre du pepsi, et il n’y a plus de ravito jusqu’à l’arrivé. J’hésite à faire demi tour et retourner avec son sac au ravito précédent pour le remplir, mais je me souviens avoir entendu 2 gars parler d’une fontaine dans le village suivant. Alors je tente le coup, et coup de bol, elle est là. On fait les niveaux, et on s’élance pour la dernière bosse. 9.5km et 800m D+.
On est peinard niveau horaire maintenant, et de toutes façons sev à maintenant un bon rythme pour monter, elle a compensé son petit déficit de forme du début, et les gels qu’elle ne voulait pas emmener, lui fournisse un apport d’énergie idéal.

Le rythme est toujours très cool pour moi, surtout en monté, et je profite de petites pauses en attendant Séverine pour lire Facebook et envoyé quelques messages. Je prendrai cette photo pour montrer aux copains que bien sur je fatigue, car il semblerait que sur les autres je soit trop frais pour un mec qui fait un marathon

Mais c’est pas loin de la réalité, car même si je ne ressens à ce moment aucune fatigue, et que le seul truc qui m’aie embêté jusque là c’est la chauffe des pieds sur la descente bitumée du précédent ravito, ma cheville commence à sentir l’effet de 7h d’effort.
Quand je monte dans le raide ça va bien, mais cette montée n’est pas très pentue, et en marchant j’appuie beaucoup sur le talon, et je commence à sentir les vieux symptômes de ma cheville en carton. Ca commence à piquer. Mais bon c’est une douleur que je sais très bien gérer pendant l’effort. Tant que c’est chaud, ça passe.
Séverine à le moral, elle reste concentré sur son effort mais elle n’est plus dans le dur. J’arrive même à lui arracher un sourire pour une photo.

Et on grimpe. C’est long 9.5km de montée.
On finit par en venir à bout, il y a ensuite une micro descente, et encore de la montée, mais en dehors de la forêt maintenant avec une vue de malade sur le lac.

Il y a encore des passages bien chaud, et il faut rester très concentré car tout erreur peut faire très très mal.

Et là on se croit en haut, alors on prend la photo des conquérants

Un peu fatigué les conquérants …
Mais en fait non, ça continue à grimper, rahhhhh

Et pas de la grimpette facile en plus

Mais on a la ligne d’arrivée en ligne de mire, plus que 5km de descente maintenant.

Et cette descente on va la bouffer, pas de photo, Sev était collé à mes basques tout du long, moi en mode économie de cheville, Sev en mode JE VEUX FINIR. Donc j’ai pas pu prendre d’avance pour me retourner et prendre de photos.
Et nous voilà au niveau des maisons.

Puis le dernier bout de chemin qui nous amène au niveau du lac

Et enfin le ponton qui nous ramène au village, et là faut pas que je traîne, parceque Sev elle veut finir.
Mais elle pensait qu’en arrivant au bout du ponton c’était la ligne, et non, y a 1km de trottoir à manger avant de se retrouver au bout, encore 6 grosses minutes à courir sur le plat, et à éviter les touristes et passants. Mais beaucoup de monde nous encourage, et ça fait chaud au coeur.
Puis voilà le village, qu’il faut encore longer entièrement avant d’en faire le tour pour rentrer sur la ligne, et la voilà, l’arche d’arrivée, avec le mec au micro et la musique.
Et top 9h09 après le coup de départ, on a terminé cette incroyable aventure.

Je suis super fière de ma femme, qui même après un coup de mou survenu très tôt dans la course, s’est accroché, et a réussit à finir très fort, en pulvérisant mes prévisons de 50min. Car oui après le ravitaillement des 27km, je m’attendais à un gros effondrement des performances, surtout en descente, alors que c’est là qu’elle s’est avérée la plus forte. Superbe.